Y a-t-il encore un intérêt à photographier? Quelques réflexions et balbutiements égarés au sujet des nouvelles perspectives photographiques. Mais pas seulement.
mardi 21 juin 2016
mardi 8 mars 2016
« Svalbard by night » impressions de deux navigateurs
La galerie Trace-Ecart présente les travaux du couple d’artistes navigateurs
Mélanie Repond et Benjamin Ruffieux. Les ambiances du Spitzberg se déclinent en
noir et blanc sur une vingtaine de gravures sur photographies.
Mélina Repond et Benjamin Ruffieux, Trace-Ecart, Bulle 2016
À bord de Knut, leur voilier
de vingt-cinq mètres, Mélanie Repond et Benjamin Ruffieux (respectivement graveuse
et photographe) on visité il y a quelques mois une partie du Svalbard au nord
de la Norvège. Communément nommé Spitzberg, cet archipel est un territoire
égaré entre abandon et source d’espoir. On le dit habité par plus d’ours blancs
que d’humains. Pour le couple de navigateurs, il est un trésor d’inspirations. Ils
découvrent le lieu ensemble et reviennent avec des images sur pellicule et
d’autres en tête, prêtes à émerger. À l’instar de Bernd et Illa Becher ou Christo
et Jeanne-Claude, Mélina et Benjamin travaillent leurs oeuvres à deux. Chacun au
travers du filtre de leur propre sensibilité, ils créent une image commune,
troublant le jeu de la réalité. Il décèle l’humain par les marques de son
absence tandis qu’elle insuffle ici et là les traces d’un passage animalier. Tous
deux sont à la recherche d’une présence, bestiale pour la graveuse, humaine
pour le photographe. « À vrai dire, je ne suis pas sûre qu’il y ait une
vraie différence » suggère Mélina Repond qui n’a pas pour habitude de classer
les choses dans des cases définies.
Sur le terrain lors des
prises de vue ou en atelier pour les dernières opérations, les deux compères
travaillent ensemble. « Il faut savoir lâcher prise, pour que naissent
l’idée commune » ajoute le navigateur. Ils choisissent les sujets,
définissent l’action qui pourrait s’y jouer, mettent en scène le leurre et
passent sous presse. Cette technique perfectionnée depuis 2010 demande encore
quelques ajustements mais offre de multiples possibilités que le binôme
explorera encore, tout comme le territoire arctique qu’il retrouvera
prochainement.
Deux visions
Cette fascinante approche
artistique laisse apparaître clairement deux visions. Elles s’entrechoquent ou
s’enlacent tissant un résultat qui repousse les limites habituelles des deux
procédés. Là-bas, deux bernaches s’envolent, quittent le cadre d’un ciel gris,
ailleurs un renard furète. L’intégration de la gravure est saisissante, la
trame de celle-ci se mêle au grain de la photo argentique. Ici, un iceberg
photogène trône à la surface d’une obscurité océanique où est gravée une sombre
silhouette. Le spectateur doit jouer avec la lumière ambiante pour y apercevoir
la réminiscence d’une banquise fondue depuis longtemps. L’illusion fonctionne
et dérange car elle marque plus encore le propos ; la disparition d’un
territoire de glace. Benjamin Ruffieux souligne:« Bien plus qu’une
recherche technique, notre but est de documenter cette région au travers de
notre propre approche artistique». Avec leur association Maré Motrice, ils
élargissent encore ce désir en accueillant sur le Knut d’autres artistes qui
complèteront cette documentation. Dans cette optique, le plasticien David
Brülhart qui a obtenu récemment la bourse de la mobilité du canton de Fribourg,
naviguera cet été avec la prochaine expédition. MR
Galerie
Trace-Ecart « Svalbard by night » à voir du 5 au 20 mars, jeudi,vendredi 14h-18h
samedi,dimanche et jours fériés 14h-17h http://www.traceecart.ch/
mercredi 24 février 2016
GOOGLE IMAGES
J'observe les nombreuses pages images de google après ma recherche intitulée: "Bruce Nauman self portrait as a fontain" et je ris (jaune pâle tirant sur le vert) en pensant aux prises de têtes sans fin qu'un photographe se fait endurer devant photoshop, à la recherche du meilleur rendu colorimétrique. Une fois sa décision prise (après trois nuits blanches d'angoisse à se demander si le noir devrait être si noir), vient le positionnement forcément différent de l'imprimeur. Ensemble (ou non!) tout est à nouveau réfléchi, pesé, sous-pesé...et finalement imprimé (et je n'entre pas dans le choix du papier, source de nombreux burn-out).
Quelques mois plus tard, en espérant que la photo en question, exposée dans les meilleures musée soit devenue une icône de la photographie, le web et tous ses utilisateurs se chargeront d'imposer leur propre goût pour les couleurs. Avec ou sans conscience d'ailleurs.
Pour info voici la reproduction officielle du Whitney Museum of American Art.
Marrant hein?!
Enfin bon, de toute façon votre écran ne vous montre certainement pas la même chose que moi!
Conclusion, mieux vaut se concentrer sur le sujet que sur la carnation du sujet.
mardi 26 janvier 2016
Peintures
et sculptures à travers le temps
La
nouvelle exposition du vide-poche à Marsens réunit l'artiste
peintre Isabelle Vaillancourt et le sculpteur Hans Schöpfer. Deux
artistes dont les oeuvres se répondent agréablement dans une
exposition abondante.
les cerfs d'Isabelle Vaillancourt
La
galeriste du Vide-Poche Marianna Gawrysiak présente une exposition
étoffée et riche en surprises. Avec plus de quarante tableaux la
peintre Isabelle Vaillancourt invite le spectateur à parcourir un
bestiaire mystérieux dans des teintes d'ocres et de bleus. Ce large
ensemble offre des visions qui semblent venir d'un lointain passé, à
la manière d'une peinture rupestre que l'on découvre aujourd'hui.
La peintre nous conte des histoires aux travers de ses temperas ou la
figuration laisse une place équivoque à l'abstraction. À
moins que cela soit l'inverse. L'anatomie des animaux ; chevaux,
vaches, lynx, lézards ou bouquetins y est méticuleusement
détaillée, hypnotisant le regard. Régulièrement, ses tableaux
paraissent scindés d'une dualité marquée à la fois par les
couleurs et les sujets. Dans sa toile la plus récente (à peine
sèche) intitulée «Equilibre » deux mondes surgissent en haut
et en bas du tableau. Des édifices évoquant l'architecture de la
renaissance surplombent une nature représentée par un feuillage
touffu, quelques champignons et un couple de chauve-souris enlacées.
Cette étonnante coexistence dépeinte comme une fresque brumeuse
offre une deuxième dimension à l'oeuvre. Un espace qui n'appartient
qu'à celui qui observe. « Ce qui est important pour moi c'est
de laisser de la place pour l'imaginaire des gens. Le figuratif ne
doit pas être écrasant, je ne veux pas tout dire » explique
l'artiste peintre. Elle suggère des ambiances, guide sans jamais
imposer.
Les
travaux du sculpteur Hans Schöpfer rejoignent cette même approche
suggestive au travers d'éléments quêtés de part le monde comme
ces morceaux d'un bateau de la deuxième guerre mondial remontés à
la surface de la méditerranée. Retravaillant la pièce à la
feuille d'or ou en accentuant la rouille, il invite à la rêverie
que procure ces deux éléments antagonistes. « La rouille
c'est un peu la fin de la vie, et l'or le symbole de l'éternité »
explique-t-il. Habitué à créer des séries, le sculpteur en
propose une créée spécialement pour cet accrochage. L'artiste
s'intéresse à l'esthétique qui incite à la méditation.
« J'utilise des disques de coupe car ils représentent toutes
les séparations que l'on subit dans son existence. Malgré tout
c'est essentiel de rechercher toujours le positif » La série
nommée « Mandala, méditation sur l'imperfection» fait
partie des oeuvres accessibles vendues 99 francs et 99 centimes.
C'est sa réponse satirique à son agacement envers la spéculation
du marché de l'art. « Si elle peut changer son quotidien,
j'aimerais que chacun puisse s'offrir une pièce» raconte-t-il.
D'autres sculptures ludiques se laissent toucher ou même manipuler
poussant encore un peu plus loin l'interaction avec le spectateur.
Hans Schöpfer prend garde à ne pas se répéter, et propose donc un
panel très éclectiques de ses créations. MR
Galerie
Vide-Poche, Marsens me-je 13h-17h, sa-di 13h-17h et sur rdv jusqu'au
14 février.
parution journal La Gruyère 16 janvier 2016
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