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jeudi 5 juillet 2018

Vert-de-gris

Elle s'effondre, emprisonne des confettis de souvenirs,
Le pic vert y cherche des larves, les tavillons s'effritent dans le vide.
J'ai révé d'un étang, à ses pieds
Assez grand pour une barque
Assez profond pour recouvrir les créatures de mon enfance.
J'ai rêvé d'une grotte construite à la dynamite,
À lintérieur, des limaces.
Dehors, la bruine sur les plumes des corneilles
Une campagne comme cela.
Pendant des années, un chien de ferme
Un bâtard pissait contre son mur,
Aujourd'hui il est enterré dans le verger,
Comme le passé.

MR,11 novembre 2017

mercredi 29 novembre 2017

 
Les mystères de René Guignard

De 1972 à 1985, René Guignard a enseigné le dessin à l’école secondaire et au collège de Bulle. L’artiste peintre de Cugy revient sur les lieux qu’il a fréquentés pour y présenter une série de vingt-trois toiles dans la Cimaise du Collège du Sud. Ses œuvres décrivent les lumières du bord de mer et les ombres des sous-bois dans une douce ambiance teintée de mystère.

Une silhouette se détache à l’orée du bois. Le spectateur de ce contre-jour est témoin d’une solitude troublante. Rien de dramatique, ni d’excessif, il s’agit plutôt d’une « saudade » veloutée. René Guignard observe les gens, mais bien plus que leur visage, ce sont les formes de leur corps qui l’intéressent. Ses huiles de grande taille sont visibles dans la Cimaise du Collège du Sud à Bulle. Grâce à l’entremise de Dominique Gex, professeur en art visuel et la participation de plusieurs élèves, l’espace accueille la proposition de l’artiste qui trouve ici un écrin particulièrement agréable.
Le peintre, tout juste octogénaire, fait preuve de tempérance, à la fois dans les couleurs et dans la retranscription des détails. Avec « Éloge du vide », il pousse encore un peu plus loin cette sobriété figurative pour nous faire découvrir un espace neutre. Ce n’est pas toujours le premier plan qui est sujet. Ici, c’est bien le ciel blanc, le vide qui crée l’aplomb du tableau. Un néant dans lequel on se surprend à laisser errer son regard. Walter Tschopp conservateur de la Fondation Ateliers d’artiste à Chexbres souligne le besoin de l’artiste de se dégager d’un trop-plein, en recherchant la forme du vide. « La ligne n’existe pas, il n’y a que des formes et des volumes, le blanc du ciel devient un Gestalt » rajoute-t-il.
L’absence du noir
Si la ligne est absente, la présence du noir l’est aussi. Des bruns ou des violets foncés, des bleus sombres mais jamais rien de charbonneux n’apparaît. « Il n’y a pas de noir dans la nature », répond l’artiste. Pas de noir non plus dans cette représentation d’une nuit au bord de la mer : « L’énigme de Magouère ». L’ambiance recèle une pointe d’inquiétude, une anxiété vacillante qui attire plus qu’elle ne rebute. Que font ces silhouettes sur la plage ? Quelle histoire palpable se cache dans cette ambiance nocturne ?
René Guignard retranscrit des sensations et des souvenirs avec une palette de couleurs réduite qui suffit amplement à tout dire.  Le bleu de cobalt, la terre de Sienne brûlée et l’ocre jaune jouent avec des blancs, parfois saturés. Sans en faire trop, sans jamais détailler sa vision, il joue avec une certaine abstraction où seul l’essentiel semble transparaître. Dans « Étude pour littoral 3 », le peintre explore les reflets de la lumière zénithale sur les vagues. Il nargue ainsi nos souvenirs estivaux, quand il faut plisser les yeux pour regarder au large.
Équilibre
L’artiste apporte un soin tout particulier à la construction de ses paysages. Une vraie recherche de l’équité entre les espaces. Une scénographie précise où chaque élément a sa place, parfois de manière un peu convenue. Un équilibre calme, trop calme ? Il en résulte une tension qui ne laisse pas le spectateur dans une totale sérénité. L’artiste nous cache quelque chose, à l’image de ce tableau où le ciel glacial et sombre est scindé par le tronc d’un bouleau. C’est dans le hors champ que se cache le secret, et c’est à l’imagination de le trouver. Il y a dans l’ensemble de l’accrochage une ambivalence captivante. L’homme (aucune femme) est un personnage incarnant une présence, presque une ombre qui dialogue avec le paysage.
Une autre approche
L’élaboration de cinq acryliques présente une démarche artistique différente. Le peintre a utilisé des chutes de toiles qu’il a collées sur du papier sans recouvrir les bords d’un passe-partout. La toile de lin non enduite sert de fond à la peinture. Sa structure et sa teinte se fondent dans l’ambiance générale de ces plus petites peintures. L’abstraction, à laquelle René Guignard a longtemps été adepte, ce manifeste par petites touches sans esquisser le figuratif. Une aparté dans l’exposition, où le noir et la ligne sont cette fois-ci bien présents.
La Cimaise, Collège du Sud, Bulle. Ouvert du lundi au vendredi de 8h à 17h45
Parution La Gruyère du 25 novembre 2017








jeudi 2 mars 2017

L'artisanat d'art, le tournage sur bois

Oeuvre de Jérôme Blanc, musée de Charmey, 2017


Dès le 26 février 2017, la nouvelle exposition du Musée de Charmey dévoile les œuvres de onze tourneurs sur bois. Des pièces contemporaines qui plongent cet artisanat ancestral dans une dimension artistique.

C’est une alliance efficace que propose Patrick Rudaz pour sa nouvelle exposition au Musée de Charmey : une coalition fructueuse entre un savoir traditionnel et des idées contemporaines. Un tour à pédale du 17ème siècle côtoie son cousin d’aujourd’hui. Une installation marquant clairement l’envie du commissaire d’exposition Jean Baptiste Bugnon, d’ancrer dans le temps cette pratique du tournage sur bois. Apparu 1’300 ans avant J.C., le tournage à façon connaît une période faste au milieu du 19ème siècle. Plus tard, les balustres carrés, l’usinage assisté par ordinateur et l’arrivée du plastique mettent fin à cette industrie. Ce n’est que dans les années huitante que le tournage sur bois revient en force en Europe. Fini le façonnage à la chaîne, le tournage d’art sort gagnant de cette évolution industrielle.
Repousser les limites
Les onze sculpteurs proposent des travaux personnels qui poussent toujours plus loin les possibilités techniques à leur disposition. Pascal Oudet (France) tourne ses pièces jusqu’aux limites de la matière. Il ne reste alors que les anneaux de croissances de l’arbre qui forme une véritable dentelle. Même audace pour les œuvres de François Prudhomme qui travaille sur la transparence du bois. Oscillant entre la sculpture pure et l’objet utilitaire, le tourneur de Neirivue élabore des lampes qui s’imposent dans les deux secteurs. Jérôme Blanc de Carouge réunit la sensualité du bois et la froideur du code binaire. Il transforme la surface végétale en un étonnant velours de formes géométriques. En fin technicien, Jean Baptiste Bugnon (Grandsivaz) réalise des œuvres puissantes, et ose la couleur. Seule une fine observation et les traces volontaires de ses outils permettent encore d’identifier le bois. Nommées « Eclosion », ses pièces évidées, laquées de rouge ou de bleu éclatant prennent naissance dans une souche que l’on pourrait croire de bronze ou de céramique. Devant les bas-reliefs tout en douceur d’Isabelle Pugin (Romont) les visiteurs tactiles auront de la peine de ne rien effleurer.
Bois vert ou sec
Deux écoles se distinguent parmi les artistes. Les adeptes du bois séché et ceux qui leur préfèrent le bois vert. Les deuxièmes doivent jouer avec les fêlures et les entraves du bois, accepter les courbes inattendues sans vouloir les combattre. Jacques Gutknecht, sculpteur à Treyvaux, choisit le bois séché qui correspond mieux à sa manière de dominer la matière. D’une infinie précision, son travail de persévérance et d’intense concentration laisse sans voix.
Musée de Charmey du 26 février au 7 mai.
Atelier de démonstration avec Jean Baptiste Bugnon 5-19-26 mars, 2-3 avril 14h-16h30 ou sur rdv. 026 927 55 80
Visite en compagnie des tourneurs le 12 mars et 23 avril, 16h30.


lundi 26 septembre 2016

De la Glâne à la Russie, 50 ans de dessin


André Sugnaux à la galerie La Distillerie Switzerland, Bulle

La Distillerie Switzerland de Bulle présente une rétrospective des 50 ans de travail du peintre André Sugnaux. En soixante-sept œuvres, l’accrochage déroule une grande partie de l’histoire de cet artiste international.

« Il y a une différence entre dessiner ou s’exprimer par le dessin », explique André Sugnaux. Pour l’artiste c’est l’expression de son ressenti et les réminiscences de ses rencontres qui doivent absolument trouver leur place hors de son être. C’est sur la toile ou le bois qu’elles ressurgissent et fixent l’émotion. La Distillerie Switzerland à Bulle égrène le long de ses murs les œuvres de cinquante ans d’atelier. Une rétrospective qui ne dévoile évidemment pas l’intégralité des tableaux, mais qui retrace un parcours d’artiste authentique et sincère.
À l’image de son père, un maçon qui dessinait sur les sacs de ciment durant la pause, André Sugnaux cherchait du temps pour la création. À l’école ou pendant son apprentissage, il ne cesse jamais de peintre. La nuit, le dimanche ou lorsque le besoin est trop fort pour ne pas y succomber, il prend son pinceau. Jeune adulte installé à Zurich où il travaille comme électricien, il profite des infrastructures culturelles de la ville, visitant seize fois l’exposition de Oskar Kokoschka au Kunsthaus. Il semble clairement de plus en plus attiré par l’art. En 1966 la galerie Bollag de Zurich présente sa première exposition, le début d’une longue carrière qui l’emmènera aux confins de la Taïga.

Après un passage de deux ans en Basse-Ville de Fribourg où il se lie d’amitié avec les artistes du coin (Michel Ritter, Bruno Baeriswyl ou encore Pierre Spori) c’est à Paris, comme souvent à cette époque, que tout débute. Reçu à l’École nationale des beaux-arts, il y poursuit une éducation académique, s’intéressant notamment à l’art du vitrail. Durant cette période et jusqu’à la fin des années huitante, il se rend régulièrement en Égypte où il réalise, sous l’égide de Sœur Emmanuelle, une fresque de 1200m2.
L’art de L’Icône
Ses études terminées et à la demande de ses professeurs, il explore l’avant-gardisme de l’est. Dès lors il ne cesse de côtoyer des artistes russes, scellant sans le savoir son destin de peintre. En 1988 il se rend en Russie à l’Atelier Kolibaba où il étudie l’Icône russe, pratique alors interdite. Cet art très codifié marque un jalon très important pour l’ensemble de son travail. Il y reprend une partie des procédés techniques pour les ajuster à ses propres besoins artistiques. Très attachée aux symboles tout comme l’art de l’Icône, son œuvre regorge de clés qui entremêlent lieux et vécus. Admis à l’union des artistes russes, il profite de son statut d’étranger pour s’intéresser aux goulags. Voyageant à travers la Russie, il recueille des témoignages qu’il échange parfois contre un dessin à l’encre de chine. Quelques-uns de ses « spontanés » comme il les appelle sont visibles à l’intérieur des cuves de la galerie bulloise. Ce sont pour la plupart des portraits de Yakoutes, une ethnie de Sibérie.
Symboles
Les corneilles qui volent sur ses temperas sont un respectueux clin d’œil envers Evguénia Sémionovna Guinzbourg. Elle avait elle-même utilisé cet oiseau sur chacune de ses couvertures de livres, témoignages de sa vie dans les camps de travail forcé.
Les poteaux électriques (symbole positif pour les prisonniers) et l’arc-en-ciel (connexion entre le matériel et l’intemporel) sont omniprésents. Ils sont aussi ici, sur les panoramas glânois ou gruériens, car André Sugnaux porte en lui ce qu’il a vu et entendu. Par son travail, il relie l’espace et le temps sur un même tableau.
Loin de dramatiser ses vies de souffrances et ses millions de morts, André Sugnaux choisit de mettre de la lumière au bout de son pinceau. « Je crois qu’ils sont maintenant tous en paix, c’est cela que je montre ». Et l’arc-en-ciel devient nimbe.

Vernissage vendredi 23 septembre dès 18h. Exposition du 23 septembre au 16 octobre, jeudi-dimanche, 14h-18h.

mardi 8 mars 2016

« Svalbard by night » impressions de deux navigateurs
La galerie Trace-Ecart présente  les travaux du couple d’artistes navigateurs Mélanie Repond et Benjamin Ruffieux. Les ambiances du Spitzberg se déclinent en noir et blanc sur une vingtaine de gravures sur photographies.

Mélina Repond et Benjamin Ruffieux, Trace-Ecart, Bulle 2016

À bord de Knut, leur voilier de vingt-cinq mètres, Mélanie Repond et Benjamin Ruffieux (respectivement graveuse et photographe) on visité il y a quelques mois une partie du Svalbard au nord de la Norvège. Communément nommé Spitzberg, cet archipel est un territoire égaré entre abandon et source d’espoir. On le dit habité par plus d’ours blancs que d’humains. Pour le couple de navigateurs, il est un trésor d’inspirations. Ils découvrent le lieu ensemble et reviennent avec des images sur pellicule et d’autres en tête, prêtes à émerger. À l’instar de Bernd et Illa Becher ou Christo et Jeanne-Claude, Mélina et Benjamin travaillent leurs oeuvres à deux. Chacun au travers du filtre de leur propre sensibilité, ils créent une image commune, troublant le jeu de la réalité. Il décèle l’humain par les marques de son absence tandis qu’elle insuffle ici et là les traces d’un passage animalier. Tous deux sont à la recherche d’une présence, bestiale pour la graveuse, humaine pour le photographe. « À vrai dire, je ne suis pas sûre qu’il y ait une vraie différence » suggère Mélina Repond qui n’a pas pour habitude de classer les choses dans des cases définies.
Sur le terrain lors des prises de vue ou en atelier pour les dernières opérations, les deux compères travaillent ensemble. « Il faut savoir lâcher prise, pour que naissent l’idée commune » ajoute le navigateur. Ils choisissent les sujets, définissent l’action qui pourrait s’y jouer, mettent en scène le leurre et passent sous presse. Cette technique perfectionnée depuis 2010 demande encore quelques ajustements mais offre de multiples possibilités que le binôme explorera encore, tout comme le territoire arctique qu’il retrouvera prochainement.
Deux visions
Cette fascinante approche artistique laisse apparaître clairement deux visions. Elles s’entrechoquent ou s’enlacent tissant un résultat qui repousse les limites habituelles des deux procédés. Là-bas, deux bernaches s’envolent, quittent le cadre d’un ciel gris, ailleurs un renard furète. L’intégration de la gravure est saisissante, la trame de celle-ci se mêle au grain de la photo argentique. Ici, un iceberg photogène trône à la surface d’une obscurité océanique où est gravée une sombre silhouette. Le spectateur doit jouer avec la lumière ambiante pour y apercevoir la réminiscence d’une banquise fondue depuis longtemps. L’illusion fonctionne et dérange car elle marque plus encore le propos ; la disparition d’un territoire de glace. Benjamin Ruffieux souligne:« Bien plus qu’une recherche technique, notre but est de documenter cette région au travers de notre propre approche artistique». Avec leur association Maré Motrice, ils élargissent encore ce désir en accueillant sur le Knut d’autres artistes qui complèteront cette documentation. Dans cette optique, le plasticien David Brülhart qui a obtenu récemment la bourse de la mobilité du canton de Fribourg, naviguera cet été avec la prochaine expédition. MR

Galerie Trace-Ecart « Svalbard by night » à voir du 5 au 20 mars, jeudi,vendredi 14h-18h samedi,dimanche et jours fériés 14h-17h http://www.traceecart.ch/

mardi 26 janvier 2016

Peintures et sculptures à travers le temps

La nouvelle exposition du vide-poche à Marsens réunit l'artiste peintre Isabelle Vaillancourt et le sculpteur Hans Schöpfer. Deux artistes dont les oeuvres se répondent agréablement dans une exposition abondante.
les cerfs d'Isabelle Vaillancourt


La galeriste du Vide-Poche Marianna Gawrysiak présente une exposition étoffée et riche en surprises. Avec plus de quarante tableaux la peintre Isabelle Vaillancourt invite le spectateur à parcourir un bestiaire mystérieux dans des teintes d'ocres et de bleus. Ce large ensemble offre des visions qui semblent venir d'un lointain passé, à la manière d'une peinture rupestre que l'on découvre aujourd'hui. La peintre nous conte des histoires aux travers de ses temperas ou la figuration laisse une place équivoque à l'abstraction. À moins que cela soit l'inverse. L'anatomie des animaux ; chevaux, vaches, lynx, lézards ou bouquetins y est méticuleusement détaillée, hypnotisant le regard. Régulièrement, ses tableaux paraissent scindés d'une dualité marquée à la fois par les couleurs et les sujets. Dans sa toile la plus récente (à peine sèche) intitulée «Equilibre » deux mondes surgissent en haut et en bas du tableau. Des édifices évoquant l'architecture de la renaissance surplombent une nature représentée par un feuillage touffu, quelques champignons et un couple de chauve-souris enlacées. Cette étonnante coexistence dépeinte comme une fresque brumeuse offre une deuxième dimension à l'oeuvre. Un espace qui n'appartient qu'à celui qui observe. « Ce qui est important pour moi c'est de laisser de la place pour l'imaginaire des gens. Le figuratif ne doit pas être écrasant, je ne veux pas tout dire » explique l'artiste peintre. Elle suggère des ambiances, guide sans jamais imposer.
Les travaux du sculpteur Hans Schöpfer rejoignent cette même approche suggestive au travers d'éléments quêtés de part le monde comme ces morceaux d'un bateau de la deuxième guerre mondial remontés à la surface de la méditerranée. Retravaillant la pièce à la feuille d'or ou en accentuant la rouille, il invite à la rêverie que procure ces deux éléments antagonistes. « La rouille c'est un peu la fin de la vie, et l'or le symbole de l'éternité » explique-t-il. Habitué à créer des séries, le sculpteur en propose une créée spécialement pour cet accrochage. L'artiste s'intéresse à l'esthétique qui incite à la méditation. « J'utilise des disques de coupe car ils représentent toutes les séparations que l'on subit dans son existence. Malgré tout c'est essentiel de rechercher toujours le positif » La série nommée « Mandala, méditation sur l'imperfection» fait partie des oeuvres accessibles vendues 99 francs et 99 centimes. C'est sa réponse satirique à son agacement envers la spéculation du marché de l'art. « Si elle peut changer son quotidien, j'aimerais que chacun puisse s'offrir une pièce» raconte-t-il. D'autres sculptures ludiques se laissent toucher ou même manipuler poussant encore un peu plus loin l'interaction avec le spectateur. Hans Schöpfer prend garde à ne pas se répéter, et propose donc un panel très éclectiques de ses créations. MR
Galerie Vide-Poche, Marsens me-je 13h-17h, sa-di 13h-17h et sur rdv jusqu'au 14 février.

parution journal La Gruyère  16 janvier 2016


mercredi 30 décembre 2015

L'esprit sauvage de Vali Myers

Le musée HR Giger à Gruyères, en collaboration avec la Vali Myers Art Gallery Trust présentent les oeuvres mystiques de Valy Myers, artiste multidisciplinaire australienne.



Dix originaux (technique mixte sur papier) et 25 sérigraphies tentent de dévoiler l'univers riche et vertigineux de la peintre multidisciplinaire, Vali Myers. Appelée, entre autre la sorcière de Positano, l'artiste exubérante décédée en 2003 laisse une oeuvre complexe et intime. À la fois danseuse, peintre, muse, gardienne d'animaux ou tatoueuse, ses travaux traitent de souffrance, d'amour et de lutte au travers d'éléments symboliques. Avec ses autoportraits à l'encre et aquarelle, la créatrice d'origine australienne fait entrer le public dans ses délires emprunts de mysticisme et d'onirisme. Elle dessinait la nuit car disait-elle : « le sommeil ce n'est pas mon truc ».
Liberté de création
Si ses sujets impudiques peuvent rebuter un public sensible, ils font acte d'une grande authenticité, comme si elle désirait nous donner la clé de son esprit. Généreuse artiste qui se révèle entièrement, sans filtre, sans autocensure.
Sa propre représentation est quasiment omniprésente dans son oeuvre. Ce visage au regard bleu qu'elle dessine depuis son enfance lui vient d'une mémoire intérieure comme elle l'explique dans le documentaire de Ruth Cullen intitulé « The painted Lady ». C'est le portait de son esprit, ourlé de sa fameuse chevelure rousse, à la fois emblème et armure.
La frontière entre sa personnalité et son oeuvre est poreuse. Sa vie, ses expériences, ses lectures (Moby Dick) et ses animaux sont autant de matière à retranscrire sur le papier. Sans être un journal intime, ses dessins dévoilent aux travers de ses croyances un monde accessible à tous. Ils sont une brèche vers un ailleurs onirique et spirituel qu'elle cherchait en permanence à ressentir au travers de la nature, de la musique ou de l'alcool.
Dualité des genres
La masculinité et la féminité se côtoient et se mélangent, parfois dans une même chair. Au regard de ses sujets, c'est une dualité vers laquelle elle semble attirée. Elle confond les genres dans leur représentation corporelle. Le corps n'en est alors plus vraiment un, seul la puissance et les pouvoirs de celui-ci transparaissent. Souvent nue, entièrement ou partiellement, entourée de représentations animales, les seins tatouées, le pubis roux mise à la vue de tous (Tarantata), Vali Myers provoque et interpelle le spectateur faisant fi de tout jugement, ou de toute désapprobation.
Symbolique animale
Eprise d'une passion ardente pour les animaux, une centaine vivait avec elle en Italie, elle ne cesse de s'inspirer de leur présence. Le renard, le chien ou le corbeau très souvent présent est une allégorie qu'elle accompagne parfois de poésie. Tout comme ses décors, les textes sont patiemment et précisément travaillés à la plume.
Sa peinture symbolique s'inspirent à la fois de l'art nouveau, des arts orientaux et des peintures rupestres. C'est richesse de gammes et la récolte foisonnante de ses voyages et de ses amitiés.

Bio Vali Myers
Lorsqu'une femme se tatoue une moustache, c'est un défi lancé au conventionnel et un signe évident d'humour. Provocation et joie semblent en effet être les mots d'ordre de Vali Myers.
Née en 1930 d'une mère violoniste et d'un père travaillant dans la marine marchande, Vali Myers se souvient de la période scolaire comme d'un cauchemar qui l'a finalement rendu plus forte. Enfant hors norme, elle passe son temps à dessiner et danser. A l'âge de 17 ans elle est première danseuse au ballet moderne de Melbourne. Lasse de cette ville extrêmement conservatrice, elle prend le bateau pour la France. En 1949, elle débarque à Paris avec l'espoir de vivre de son art, mais la guerre a laissé la ville pauvre. Elle vivra trois ans dans la rue avec des réfugiés gitans, devenant rapidement une personnalité dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Expulsée de Paris pour vagabondage, elle voyage à travers l'Europe puis revient à Paris. Liée à Jean Paul Sartre, Tennessee Williams, Ed van der Elsken, Jean Genet et Jean Cocteau, elle abuse d'opium et de vie nocturne. Pour se sortir de cette impasse, elle emménage dans une cahute sans électricité dans une vallée la côte amalfitaine en Italie. Entourée d'une centaine d'animaux, chiens, ânes, poules et de son favori, un jeune renard. Pendant quatorze ans il reste à ses côtés lorsqu'elle crée, entre le crépuscule et l'aube. Ce refuge est sont pied à terre jusqu'en 2002 avec des allers-et-retours vers New-York et Melbourne où elle côtoie entre autre Patti Smith, Andy Wharol, Diane Arbus et George Plimpton.
En 2003 de retour à Melbourne, âgée de 73 ans, elle est atteinte d'un cancer de l'estomac. Dans sa dernière rencontre avec la réalisatrice Ruth Cullen,Vali Myers dit avoir vécu la vie qu'elle avait choisie et avoir fait tout ce qu'elle voulait. MR

Exposition à voir au musée HR Giger à Gruyères jusqu'à la fin mai 2016, informations www.hrgigermuseum.com 

https://www.youtube.com/watch?v=vicBMg2mHqE