Johnny c'est aussi ça!
Y a-t-il encore un intérêt à photographier? Quelques réflexions et balbutiements égarés au sujet des nouvelles perspectives photographiques. Mais pas seulement.
mercredi 6 décembre 2017
mercredi 29 novembre 2017
Les mystères de René Guignard
De 1972 à 1985, René Guignard a
enseigné le dessin à l’école secondaire et au collège de Bulle. L’artiste peintre de Cugy revient sur les lieux qu’il a fréquentés pour
y présenter une série de vingt-trois toiles dans la Cimaise du Collège du Sud.
Ses œuvres décrivent les lumières du bord de mer et les ombres des sous-bois
dans une douce ambiance teintée de mystère.
Une
silhouette se détache à l’orée du bois. Le spectateur de ce contre-jour est
témoin d’une solitude troublante. Rien de dramatique, ni d’excessif, il s’agit
plutôt d’une « saudade » veloutée. René Guignard observe les gens,
mais bien plus que leur visage, ce sont les formes de leur corps qui
l’intéressent. Ses huiles de grande taille sont visibles dans la Cimaise du
Collège du Sud à Bulle. Grâce à l’entremise de Dominique Gex, professeur en art
visuel et la participation de plusieurs élèves, l’espace accueille la
proposition de l’artiste qui trouve ici un écrin particulièrement agréable.
Le peintre,
tout juste octogénaire, fait preuve de tempérance, à la fois dans les couleurs
et dans la retranscription des détails. Avec « Éloge du vide », il
pousse encore un peu plus loin cette sobriété figurative pour nous faire découvrir
un espace neutre. Ce n’est pas toujours le premier plan qui est sujet. Ici,
c’est bien le ciel blanc, le vide qui crée l’aplomb du tableau. Un néant dans
lequel on se surprend à laisser errer son regard. Walter Tschopp conservateur
de la Fondation Ateliers d’artiste à Chexbres souligne le besoin de l’artiste
de se dégager d’un trop-plein, en recherchant la forme du vide. « La ligne
n’existe pas, il n’y a que des formes et des volumes, le blanc du ciel devient
un Gestalt » rajoute-t-il.
L’absence du noir
Si la ligne
est absente, la présence du noir l’est aussi. Des bruns ou des violets foncés,
des bleus sombres mais jamais rien de charbonneux n’apparaît. « Il n’y a
pas de noir dans la nature », répond l’artiste. Pas de noir non plus dans
cette représentation d’une nuit au bord de la mer : « L’énigme de
Magouère ». L’ambiance recèle une pointe d’inquiétude, une anxiété
vacillante qui attire plus qu’elle ne rebute. Que font ces silhouettes sur la
plage ? Quelle histoire palpable se cache dans cette ambiance
nocturne ?
René
Guignard retranscrit des sensations et des souvenirs avec une palette de
couleurs réduite qui suffit amplement à tout dire. Le bleu de cobalt, la terre de Sienne brûlée
et l’ocre jaune jouent avec des blancs, parfois saturés. Sans en faire trop,
sans jamais détailler sa vision, il joue avec une certaine abstraction où seul
l’essentiel semble transparaître. Dans « Étude pour littoral 3 », le
peintre explore les reflets de la lumière zénithale sur les vagues. Il nargue
ainsi nos souvenirs estivaux, quand il faut plisser les yeux pour regarder au
large.
Équilibre
L’artiste
apporte un soin tout particulier à la construction de ses paysages. Une vraie
recherche de l’équité entre les espaces. Une scénographie précise où chaque élément
a sa place, parfois de manière un peu convenue. Un équilibre calme, trop calme ?
Il en résulte une tension qui ne laisse pas le spectateur dans une totale
sérénité. L’artiste nous cache quelque chose, à l’image de ce tableau où
le ciel glacial et sombre est scindé par le tronc d’un bouleau. C’est dans le
hors champ que se cache le secret, et c’est à l’imagination de le trouver. Il y
a dans l’ensemble de l’accrochage une ambivalence captivante. L’homme (aucune
femme) est un personnage incarnant une présence, presque une ombre qui dialogue
avec le paysage.
Une autre approche
L’élaboration
de cinq acryliques présente une démarche artistique différente. Le peintre a
utilisé des chutes de toiles qu’il a collées sur du papier sans recouvrir les
bords d’un passe-partout. La toile de lin non enduite sert de fond à la
peinture. Sa structure et sa teinte se fondent dans l’ambiance générale de ces
plus petites peintures. L’abstraction, à laquelle René Guignard a longtemps été
adepte, ce manifeste par petites touches sans esquisser le figuratif. Une
aparté dans l’exposition, où le noir et la ligne sont cette fois-ci bien
présents.
La Cimaise, Collège du Sud, Bulle. Ouvert du
lundi au vendredi de 8h à 17h45.
Parution La Gruyère du 25 novembre 2017
vendredi 3 novembre 2017
jeudi 2 mars 2017
L'artisanat d'art, le tournage sur bois
Oeuvre de Jérôme Blanc, musée de Charmey, 2017
Dès le 26 février 2017, la nouvelle exposition du Musée de
Charmey dévoile les œuvres de onze tourneurs sur bois. Des pièces
contemporaines qui plongent cet artisanat ancestral dans une dimension
artistique.
C’est une alliance efficace
que propose Patrick Rudaz pour sa nouvelle exposition au Musée de Charmey : une
coalition fructueuse entre un savoir traditionnel et des idées contemporaines. Un
tour à pédale du 17ème siècle côtoie son cousin d’aujourd’hui. Une installation
marquant clairement l’envie du commissaire d’exposition Jean Baptiste Bugnon,
d’ancrer dans le temps cette pratique du tournage sur bois. Apparu 1’300 ans
avant J.C., le tournage à façon connaît une période faste au milieu du 19ème
siècle. Plus tard, les balustres carrés, l’usinage assisté par ordinateur et
l’arrivée du plastique mettent fin à cette industrie. Ce n’est que dans les années
huitante que le tournage sur bois revient en force en Europe. Fini le façonnage
à la chaîne, le tournage d’art sort gagnant de cette évolution industrielle.
Repousser les limites
Les onze sculpteurs
proposent des travaux personnels qui poussent toujours plus loin les
possibilités techniques à leur disposition. Pascal Oudet (France) tourne ses
pièces jusqu’aux limites de la matière. Il ne reste alors que les anneaux de
croissances de l’arbre qui forme une véritable dentelle. Même audace pour les œuvres
de François Prudhomme qui travaille sur la transparence du bois. Oscillant
entre la sculpture pure et l’objet utilitaire, le tourneur de Neirivue élabore
des lampes qui s’imposent dans les deux secteurs. Jérôme Blanc de Carouge réunit
la sensualité du bois et la froideur du code binaire. Il transforme la surface végétale
en un étonnant velours de formes géométriques. En fin technicien, Jean Baptiste
Bugnon (Grandsivaz) réalise des œuvres puissantes, et ose la couleur. Seule une
fine observation et les traces volontaires de ses outils permettent encore
d’identifier le bois. Nommées « Eclosion », ses pièces évidées, laquées de
rouge ou de bleu éclatant prennent naissance dans une souche que l’on pourrait
croire de bronze ou de céramique. Devant les bas-reliefs tout en douceur
d’Isabelle Pugin (Romont) les visiteurs tactiles auront de la peine de ne rien
effleurer.
Bois vert ou sec
Deux écoles se distinguent
parmi les artistes. Les adeptes du bois séché et ceux qui leur préfèrent le
bois vert. Les deuxièmes doivent jouer avec les fêlures et les entraves du
bois, accepter les courbes inattendues sans vouloir les combattre. Jacques
Gutknecht, sculpteur à Treyvaux, choisit le bois séché qui correspond mieux à
sa manière de dominer la matière. D’une infinie précision, son travail de
persévérance et d’intense concentration laisse sans voix.
Musée de Charmey du 26 février au 7 mai.
Atelier de démonstration avec Jean Baptiste Bugnon 5-19-26
mars, 2-3 avril 14h-16h30 ou sur rdv. 026 927 55 80
Visite en compagnie des tourneurs le 12 mars et 23
avril, 16h30.
lundi 26 septembre 2016
De la Glâne à la Russie,
50 ans de dessin
André Sugnaux à la galerie La Distillerie Switzerland, Bulle
La Distillerie Switzerland
de Bulle présente une rétrospective des 50 ans de travail du peintre André
Sugnaux. En soixante-sept œuvres, l’accrochage déroule une grande partie de
l’histoire de cet artiste international.
« Il y a une différence entre dessiner ou s’exprimer par le
dessin », explique André Sugnaux. Pour l’artiste c’est l’expression de son
ressenti et les réminiscences de ses rencontres qui doivent absolument trouver
leur place hors de son être. C’est sur la toile ou le bois qu’elles ressurgissent
et fixent l’émotion. La Distillerie Switzerland à Bulle égrène le long de ses
murs les œuvres de cinquante ans d’atelier. Une rétrospective qui ne dévoile
évidemment pas l’intégralité des tableaux, mais qui retrace un parcours d’artiste
authentique et sincère.
À l’image de son père, un maçon qui dessinait sur les sacs de ciment
durant la pause, André Sugnaux cherchait du temps pour la création. À l’école
ou pendant son apprentissage, il ne cesse jamais de peintre. La nuit, le
dimanche ou lorsque le besoin est trop fort pour ne pas y succomber, il prend son
pinceau. Jeune adulte installé à Zurich où il travaille comme électricien, il profite
des infrastructures culturelles de la ville, visitant seize fois l’exposition
de Oskar Kokoschka au Kunsthaus. Il semble
clairement de plus en plus attiré par l’art. En 1966 la galerie Bollag de
Zurich présente sa première exposition, le début d’une longue carrière qui
l’emmènera aux confins de la Taïga.
Après un passage de deux ans en Basse-Ville de Fribourg où il se lie
d’amitié avec les artistes du coin (Michel Ritter, Bruno Baeriswyl ou encore Pierre
Spori) c’est à Paris, comme souvent
à cette époque, que tout débute. Reçu à l’École nationale des beaux-arts, il y
poursuit une éducation académique, s’intéressant notamment à l’art du vitrail.
Durant cette période et jusqu’à la fin des années huitante, il se rend
régulièrement en Égypte où il réalise, sous l’égide de Sœur Emmanuelle, une
fresque de 1200m2.
L’art de L’Icône
Ses études terminées et à la demande de ses professeurs, il explore
l’avant-gardisme de l’est. Dès lors il ne cesse de côtoyer des artistes russes,
scellant sans le savoir son destin de peintre. En 1988 il se rend en Russie à
l’Atelier Kolibaba où il étudie l’Icône russe, pratique alors interdite. Cet
art très codifié marque un jalon très important pour l’ensemble de son travail.
Il y reprend une partie des procédés techniques pour les ajuster à ses propres
besoins artistiques. Très attachée aux symboles tout comme l’art de l’Icône,
son œuvre regorge de clés qui entremêlent lieux et vécus. Admis à l’union des
artistes russes, il profite de son statut d’étranger pour s’intéresser aux
goulags. Voyageant à travers la Russie, il recueille des témoignages qu’il
échange parfois contre un dessin à l’encre de chine. Quelques-uns de ses
« spontanés » comme il les appelle sont visibles à l’intérieur des
cuves de la galerie bulloise. Ce sont pour la plupart des portraits de
Yakoutes, une ethnie de Sibérie.
Symboles
Les corneilles qui volent sur ses temperas sont un respectueux clin
d’œil envers Evguénia Sémionovna Guinzbourg. Elle avait elle-même utilisé cet
oiseau sur chacune de ses couvertures de livres, témoignages de sa vie dans les
camps de travail forcé.
Les poteaux électriques (symbole positif pour les prisonniers) et
l’arc-en-ciel (connexion entre le matériel et l’intemporel) sont omniprésents.
Ils sont aussi ici, sur les panoramas glânois ou gruériens, car André Sugnaux
porte en lui ce qu’il a vu et entendu. Par son travail, il relie l’espace et le
temps sur un même tableau.
Loin de dramatiser ses vies de souffrances et ses millions de morts,
André Sugnaux choisit de mettre de la lumière au bout de son pinceau. « Je
crois qu’ils sont maintenant tous en paix, c’est cela que je montre ». Et
l’arc-en-ciel devient nimbe.
Vernissage vendredi 23
septembre dès 18h. Exposition du 23 septembre au 16 octobre, jeudi-dimanche, 14h-18h.
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